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IV – Les Seigneurs et la Seigneurie de Nelle

HISTOIRE D’UN VILLAGE SANS HISTOIRE

IV EPISODE

LES SEIGNEURS ET LA SEIGNEURIE DE NELLE

Nous avons reproduit plus haut toute la lettre de M. Berthier à M. de la Forest ; une note jointe au dossier de cette correspondance estimait à dix mille livres environ, en 1782, le revenu annuel de la terre de NELLE et disait que ce revenu n’était pas à sa valeur, était susceptible d’une grande augmentation au renouvellement de bail. Nous extrayons de cette note les passages suivants qui renferment une description très intéressante du château de NELLE, et de ses dépendances et agréments.

Le château est bâty en forme équaire et construit tout en pierre de taille ; il y a au plus 35 ans qu’il est bâty (1). Il contient 14 appartements de maîtres et 25 lits de domestiques. Il y a une très jolie cour, une très belle terrasse de jardin et un petit bois. Un jardin légumier au-dessous de la basse cour et un autre jardin légumier dans lequel est une pièce d’eau vive bien empoissonnée.

Une garenne de huit arpents louée avec le château.
Une très belle basse cour avec plusieurs remises, granges, greniers et écuries pour au moins 35 chevaux. Bien bâty, en bon état.
La chasse est très étendue ; il y a surtout beaucoup de lièvres, de perdrix rouges et de faisans.
La rivière du Sausseron qui passe presque au pied du château fournit d’excellents poissons tels que carpes, anguilles, truites bien saumonées.
Des prairies superbes vis-à-vis du château et arrosées par la rivière, dont il est question ci-dessus, forment une espèce de jardin anglois dont on pourrait à peu de frais tirer un party très agréable.
Cette terre a four, moulin et pressoir banal compris dans le bail du sieur Péron.
Elle relève en partie de Mgr le prince de Conty, en partie de Mr le président Molé et pour sa justice, de Mr le comte de Balincourt.
Elle ne doit en cas de vente, que l’année du revenu, et seulement pour la justice un éperon d’or à Mr le comte de Balincourt.
Eglise fort jolie près du château ; 300 à 400 feux.

La rédaction de ce petit papier, qui sort vraisemblablement de l’officine du tabellion du seigneur, a des tours de réclame qu’on est étonné de rencontrer dans le bon vieux temps.

Une très jolie cour, une très belle basse cour, une très belle terrasse, des perdrix et des faisans en abondance, des prairies superbes (c’est dans l’une d’elle qu’atterrit le GRAND GLOBE), un jardin à l’anglois, une église fort jolie, d’innombrables truites non pas simplement saumonées mais bien saumonées, tirant avec nonchalance des coupes sentimentales dans les eaux fraîches du Sausseron ; tout cela n’est-il pas merveilleux et irrésistible ?

Cette affiche d’autrefois, amorce alléchante et trompeuse, jetée aux naïfs goujons de l’Ancien Régime ne ressemble-t-elle pas, à s’y méprendre aux fallacieux et pompeux boniments dont nos ingénieux contemporains, à l’instar des américains, sont devenus si prodigues et si fiers.

Les seigneurs de NELLE jouissaient des droits (2) de haute, moyenne et basse justice, dont ils confiaient l’exercice à des fonctionnaires nommés par eux et institués par le président lieutenant général du bailliage royal de Pontoise.

L’institution judiciaire d’une seigneurie rurale s’appelait une prévôté. En général, toutes les justices seigneuriales, dites justices subalternes, avaient, dans l’Ile de France, la même organisation. Elles se composaient d’un prévôt ou bailli, choisi parmi les procureurs et avocats du bailliage royal d’où ressortissait la seigneurie ; d’un procureur fiscal, d’un greffier, tabellion ou notaire et d’un sergent ou huissier. Tous ces fonctionnaires étaient nommés par les seigneurs.

Le prévôt qui exerçait à NELLE en 1783, Me Potel, avocat au parlement et au bailliage de Pontoise, y résidant, cumulait ces fonctions avec celles de bailli de l’Isle-Adam.

Nous connaissons ses énergiques ordonnances sur les questions alimentaires. Il se transportait, à cheval, en l’auditoire de NELLE, une à deux fois par mois, selon le besoin, généralement le jeudi pour y rendre la justice.

Il avait été nommé à cette charge, en l’année 1774, par Rosalie de Coeuret alors dame de NELLE. Le brevet de son office était conçu dans les termes des brevets accordés par le roy aux fonctionnaires des bailliages royaux. En voici le texte :

Nous Rosalie de Coeuret, veuve de Messire François Testu de Balincourt, à son décès chevalier seigneur de NELLE, Verville, Hédouville et autres lieux, lieutenant général des armées du Roy, commandeur de l’ordre royal et militaire de St-Louis, gouverneur de St-Venant, dame des haute, moyenne et basse justices des terres et seigneuries de NELLE, Verville, fiefs en dépendant et autres lieux.

A tous ceux qui les présentes verront, salut.

Sur le bon et louable rapport qui nous a été fait de la personne de Charles Antoine Potel, avocat en parlement, de ses suffisantes capacité et expérience en fait de judicature, de ses bonnes vies et mœurs, profession de religion catholique apostolique et romaine ; à ces causes et à autres à ce nous mouvant, nous lui avons donné et octroyé l’état et office de prévôt et juge de nos dites terres et seigneuries de NELLE, Verville et fiefs en dépendant, terroir et dis… desdites terres, pour enjouir par ledit Me Potel, tant qu’il nous plaira à compter de ce jour, ainsi qu’en ont joui les prédécesseurs pourvus dudit état et office, aux honneurs, droits, rangs privilèges profitst et émoluments y attribués à la charge par ledit sieur Potel de si(sic) faire recevoir par devant qu’il appartiendra, si besoin est ; mandons aux autres officiers de notre dite prévôté de le reconnaître et de lui obéir, et à tous nos vassaux et justiciables de lui entendre et obéir en toutes choses concernant ledit état et office.

En témoins de quoy nous avons signé ces présentes et à icelles fait apposer le cachet de nos armes
Donné à Nelle en notre château et hôtel seigneurial
Le 25 mars 1774 Coeuret de Balincourt

Et en bas est écrit :
A tous ceux qui les présentes lettres verront, salut !
Jacques de Monthiers, lieutenant général, etc… vu la requête du sieur Potel à l’effet d’être nommé à l’office ci-dessus… tout vu et considéré…le recevons à l’office susdit…
Ce fait en présence de MM de Monthiers et le Tavernier conseillers au bailliage, avons reçu le serment dudit Potel,
Donné à Pontoise en la chambre du Conseil le 8 juin 1774
De Monthiers

Reçu 30 sols pour le contrôle du greffe et 2 sols sur les époux Vitry
Les autres officiers de justice de la seigneurie de Nelle, porteurs de semblables brevets étaient en 1783
Mr François Lesage procureur ès siège royaux de Pontoise, procureur fiscal
Mr Cailleux notaire à Enery, résident à Hérouville, garde notes
Me Jacques Robert Mesnier résident à Pontoise sergent et huissier.

C’était là tout le personnel judiciaire de la seigneurie de Nelle ; nous aurons l’occasion de le retrouver dans les chapitres qui vont suivre…

(1) Il n’est parlé dans cette pièce que du château neuf bâti vers 1748. Il existait, en outre, à NELLE en 1783, un vieux château en ruines, qui fut avec le neuf vendu à la bande noire et démoli au commencement du 19ème siècle.

(2) Droit Seigneurial :
Les seigneurs ne jugeaient plus eux-mêmes, ils déléguaient cette tâche peu lucrative à des baillis. En général gens assez ignorants, cette place pouvait être occupée par des paysans, des sergents ou des notaires. Elle pouvait se rendre au cabaret, dans l’ambiance du vin. Mais depuis très longtemps le Roy essayait de supplanter la justice seigneuriale par la justice royale. A la fin de l’Ancien Régime, les seigneurs n’avaient le droit de rendre leur justice que pour des procès de minime importance.

Propos recueillis par Jean Deschamps

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