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Église Saint-Symphorien

Église Saint-Symphorien

Nesles-la-Vallée : L’église Saint-Symphorien « Cathédrale de la Vallée-du-Sausseron »

L’église Saint-Symphorien1Le titre de « cathédrale » peut paraître quelque peu emphatique. Cependant, pour son ampleur, inaccoutumée s’agissant d’une simple église de village, et surtout pour l’unité et la pureté de style dont elle témoigne, l’église Saint-Symphorien de Nesles-la-Vallée n’en mérite pas moins de retenir l’attention.

Malgré les trop visibles restaurations qu’elle a subies, – mais sûrement grâce à elles, encore debout -, notre église n’a cessé d’exciter la curiosité des archéologues, et parmi ceux-ci, de Viollet-le-Duc. En effet, ce ne sont pas moins de trois citations que renferme son Dictionnaire raisonné d’Architecture1. Et de nos jours, les ouvra­ges les plus récents2 s’intéressent encore à notre modeste sanctuaire. Il est donc tout à fait légitime de faire le point de la question. Que sait-on, que voit-on, à quoi ressemble tel détail, à quoi s’apparente-t-il, etc.? Autant d’énigmes posées qu’en­semble nous allons essayer de décrypter !

Aucun document n’éclaire l’histoire de la construction ; on sait seulement que la paroisse de Nesles dépendait, au Moyen âge, du diocèse de Beauvais. Il existait vraisemblablement une vieille église romane, lorsqu’au premier tiers du XIIème siècle, sans doute vers 1130-1140, on éleva sur son flanc méridional le puissant clocher que l’on admire encore. Environ cinquante années plus tard, soit entre 1180-1185 et la fin du XIIème siècle, furent bâtis, pratiquement d’un seul jet, la nef et ses colla­téraux ainsi que le chœur.

La tour-clocher

L’église Saint-Symphorien2

Partie la plus ancienne de l’édifice, le clocher était sans doute initialement accolé à la nef de l’église, alors dépourvue de bas-côtés.

Examinons les détails de son élévation. La tour proprement dite est plan­tée sur un soubassement massif de plan carré, épaulé, à chaque angle, par de solides contreforts en retour d’équerre ; une seule fenêtre, en plein cintre, s’ouvre, encadrée de colonnettes et de tores, et surmontée d’une rangée de clous sculptés. Les deux étages supérieurs, presque identiques, sont ajourés de baies jumelles, en plein cintre, plus hautes et étroites au premier étage qu’au second ; elles sont moulurées de deux rouleaux bordés de tores qui reposent sur des colonnes engagées. A chaque angle, des contreforts-colonnes, implantés sur chaque face, laissent apparaître l’arête de la tour; les chapiteaux sont ornés de feuilles plates ou nervurées et de palmettes d’acanthe. Chacun des étages est couronné d’une « corniche beauvaisine », dans laquelle chaque petit arc est subdivisé en deux petits arcs ou deux demi-arcs. Les modillons sur lesquels repose cette corniche, sont décorés de têtes humaines, de têtes de quadrupèdes ou de moulures ; beaucoup, notamment au premier étage, sont modernes (sans doute sont-ils de la main de Chapot, sculpteur qui, selon les archives de la fabrique, travaillait, en août 1889, au clocher).

Au-dessus, le plan passe, à l’aide de petites trompes, du carré à l’octogone, quatre cloche­tons assurant la transition. Enfin, une flèche, aiguë sans excès, en pierre appareillée, couronne le tout ; elle est décorée d’imbrications en dents de scie, recoupées horizontalement par des bandes de repos, tandis qu’un boudin court le long des arêtes. Des boules côtelées, modernes (dessinées par l’architecte Danjoy,) ornent le sommet de la flèche et des clochetons. La croix, qui couronne la flèche, culmine à 32 mètres.

L’église Saint-Symphorien3
La qualité architecturale de ce clocher n’a cessé de susciter l’admiration des archéologues, à commencer par Viollet-le-Duc lui-même, qui, dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française, lui consacre un long développement qu’il conclut ainsi : « C’est un des mieux conçus et des mieux bâtis parmi les nombreux exemples fournis par l’Ile-de-France à cette époque, la plus fertile en beaux clochers » (Tome 3, p. 347).

En effet, en ce deuxième tiers du XIIIe siècle, époque vraisemblable de la construction du clocher de notre église, une intense activité architecturale régnait en Ile-de-France et tout parti­culièrement dans le Vexin français et ses alentours. Ce ne sont pas moins de dix-sept églises qui auraient été reconstruites ou restaurées entre 1156 et 1163, en accomplissement du vœu qu’avaient formé Galeran III, comte de Meulan à son retour de la croisade, et sa femme, Agnès de Montfort. Levrier un érudit du XVIIIe siècle nous éclaire, dans son Histoire de Meullent, sur les raisons de ce vœu : « suite aux ravages des Normands et des guer­res continuelles, les campagnes étaient comme des pays appartenant aux infidèles. » Il énumère ensuite les églises concernées : Gadancourt, Cléry (- en Vexin), Gaillon (- sur-Montcient), Condecourt, Tessancourt, Hardricourt, Jambville, Limay et plusieurs autres… et il précise même, pour conclure, que plusieurs de ces églises présentent « des clochers en pierre de taille, d’une belle structure ».

Il y a bien, en effet, un « air de famille » parmi quel­ques-uns de ces clochers. Ainsi, certes parfois avec un moindre développement que chez nous, ou une implanta­tion différente, et souvent malgré les altérations ultérieu­res, retrouve-t-on, encore de nos jours, les mêmes flèches octogonales, cantonnées de quatre petits clochetons, à Gadancourt aussi bien qu’à Bardricourt, Gaillon-sur- Montcient ou Limay.

A ces flèches de pierre, il convient d’ajouter les beaux clochers d’Ennery, de Courcelles-sur-Viosne, de Santeuil, de Jouy-le-Moutier, les uns et les autres plus ou moins contemporains de celui de Nesles et, plus près encore de Nesles, celui, plus ancien, de Frouville. Tous, ils confir­ment et justifient l’enthousiasme de Viollet-leDuc.

L’intérieur de l’église

L’église Saint-Symphorien4Le plan, simple et homogène, comporte un vaisseau central, de quatre travées rectangu­laires, encadré de part et d’autre par un bas-côté ; le chœur, constitué d’une travée et d’une abside à cinq pans, est bordé d’un bas-côté au nord tandis qu’il englobe, au sud, la travée sous la tour. Celle-ci est la partie la plus ancienne de l’édifice ainsi qu’en témoignent les chapiteaux, à tailloirs moulurés, décorés de palmettes, de feuilles cannelées, d’entrelacs et de têtes monstrueuses. La voûte d’ogives elle-même montre un profil assez frustre.

L’élévation des travées de la nef est à trois étages, les grandes arcades, ayant une hauteur sensiblement égale à celle de l’ensemble du triforium et des fenê­tres hautes. Le triforium ménage un passage en avant du mur goutterot. Ce type d’élévation est fréquent dans plusieurs églises du Laonnois et du Soissonnais le proto­type en est sans doute l’église de Saint-Yved de Braine, modèle repris plus tard, dans notre région, à Taverny et à Andrésy.

C’est par son système de voûtes d’ogives que se distingue l’église de Nesles. Les voûtes de la nef, divi­sées en six parties, ne comportent pas l’alternance habituelle de piles fortes et de piles faibles. L’arc doubleau médian retombe par une colonnette sur le bandeau du triforium, au sommet des grandes arcades. Celles-ci, légèrement surbaissées, reposent sur des piles à tambours cylindriques qui reçoi­vent en outre les retombées des arcs d’ogives et des doubleaux. Il s’agit là de l’exemple, peut- être le plus ancien connu, de l’adaptation à un édifice de proportions restreintes d’un système de voûtement habituellement réservé aux grandes cathédrales mais qu’à Nesles la largeur du vaisseau ne justifiait pas.

On en connaît d’autres réalisations contemporaines (à Voulton ou Rosay-en-Brie) ou plus tardives (à Levroux dans l’Indre ou à Saint-Pierre-le-Guillard, à Bourges).

Les chapiteaux des piles, au moins ceux qu’une restauration excessive n’a pas dénaturés, notamment ceux de la première travée et d’une partie de la seconde, ont d’imposantes corbeilles ornées de feuilles, de perles et de fruits. Enfin, on notera la qualité de la sculpture des petits chapiteaux des colonnettes du triforium.

Le chœur est plus simple : son élévation ne comporte que deux niveaux ; le soubassement, très élevé, de même hauteur que les grandes arcades, est resté nu, seulement rythmé par la retombée des colonnettes les grandes baies, très élancées, descendent par un large glacis jusqu’à un bandeau intermédiaire, continuant celui de la nef.

L’extérieur et la façade occidentale

L’église Saint-Symphorien5L’élévation extérieure des bas côtés contraste, par sa simplicité, voire même par une certaine sécheresse, avec la qualité du clocher. On notera simplement les contreforts peu saillants du haut de la nef, à deux ou trois ressauts répétant l’alternance des temps forts et faibles des retombées des voûtes..Une corniche à modillons cubiques couronne les murs; elle rappelle celle, contem­poraine, de Vaimondois.

La façade occidentale a vu ses parties hautes remaniées au XVIème siècle (voir la date de 1581 gravée au pignon) par l’adjonction de petits pyramidons Elle s’ouvre par un portail orné d’un cordon de feuillages, non sans parenté avec celui d’Auvers-sur-Oise. Au- dessus, une rose, refaite au XIXe siècle (sans doute par l’architecte Ruprich- Robert), présente un dessin qui n’est pas sans rapport avec certaines roses de la région de Laon. A gauche de la façade, s’élève un petit bâtiment à deux étages d’une destination indéterminée ; l’étage supérieur communique avec le bas-côté nord et a pu servir d’armarium.

L’église Saint-Symphorien7

Jean-Pierre Derel
La Mémoire du Temps passé
Journées du Patrimoine 1995 – 1996 – 1998

  1. Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’Architecture française du xr e au xvie siècle, Paris, 10 vol. 1854 – 1868, réimpr. Paris, 1967, notamment les articles : clocher, portail.
  2. Bibliographie moderne :
  3. M. Bideault et C. Lautier, Ile-de-France gothique 1, Paris I, Picard, 1987.
  4. J. Bony, French gothic Architecture ofthe 12th & 13th centuries, University of California Press, Los Angeles, 1983.
  5. B. Duhamel, Guide des églises du Vexin français, Ed. du Valhermeil, Paris, 1988
  6. Images du patrimoine : la vallée du Sausseron, Inventaire du Patrimoine, 1992
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